Deux chemins différents dans une forêt, symbole des parcours distincts en phobie scolaire selon l'enfant
Vivre le quotidien

Pourquoi ça a marché pour mon aîné et pas pour mon dernier ?

Soyons clairs : mon aîné a payé les pots cassés, et nous essayons toujours de recoller les morceaux. Est-ce que je m’en veux ? Oui, parfois. Mais je ne culpabilise plus. J’ai fait au mieux à l’époque, avec les infos et les contacts que j’avais.

Avec mon deuxième, ai-je fait des erreurs ? Certainement. Mais beaucoup moins que pour le grand. Pourquoi ? C’est la question qui m’a hantée pendant longtemps, et à laquelle je n’avais pas de réponse simple. Est-ce que son tempérament était plus facile ? Est-ce que j’ai eu de la chance ? Ou est-ce que quelque chose, chez moi, avait changé ?

Deux parcours, deux points de départ différents

Pour mon aîné, il a fallu un article dans un magazine pour avoir un début de piste. Notre médecin généraliste ne connaissait pas bien le sujet non plus. Le collège encore moins : « pas de souci Madame Martin, on va travailler ensemble », et en pratique, la cata.

Méconnaissance, pas de pro sur qui s’appuyer, perte de temps. Un joli cocktail pour aggraver la situation.

Il a fallu une rencontre à la Maison des Adolescents à Lyon pour avoir un premier point d’appui et une confirmation : phobie scolaire, phobie sociale, troubles du sommeil. Puis du temps encore pour trouver une pédopsychiatre à presque une heure de chez nous. Convaincre mon grand d’y aller, alors qu’il était déjà épuisé. Heureusement, le feeling est passé vite.

Puis plusieurs mois d’attente pour un CMP, et une prise en charge qui a fini par « foirer » : départ à la retraite de la pédopsychiatre, psychologue du CMP peu au fait de la phobie scolaire, plusieurs mois avant qu’elle l’admette.

(Si vous cherchez comment trouver le bon interlocuteur du premier coup, j’ai écrit un article dédié à ça.)

Entre-temps, passage en IEF. Mon fils s’est braqué face à l’accompagnement. Découverte tardive d’une structure spécialisée. Validation d’un profil multi-dys, avant de ne plus rien pouvoir obtenir de lui. Il était épuisé.

Pour mon troisième, les bilans ont démarré sur la lancée, sur les conseils du CMP. Il était encore en primaire, dans un contexte scolaire différent de celui qu’avait connu son frère au collège. Un suivi psy mis en place suite à du harcèlement. Un point régulier avec un médecin référent pour être accompagnée et surveiller les signaux.

Puis l’entrée en sixième. Plusieurs petits incidents anodins pour la majorité l’ont fait craquer d’un coup, là où son frère avait tenu en dents de scie plus longtemps.

Je n’ai pas insisté.

Le vrai point de bascule : ne plus être débutante

Cette deuxième fois, je connaissais les mécanismes. Les risques. Ça a été un peu plus facile, pas beaucoup plus facile, parce que ce sont deux personnes différentes, avec un vécu et un tempérament différents. Même l’éducation à la maison avait évolué entre-temps. Il fallait rester vigilante pour ne pas tout mélanger. Parfois c’était dur.

Je ne voulais pas reproduire certaines erreurs commises avec son frère. Trop pousser, parce que c’est ce qu’on me disait de faire. Ne pas écouter sa souffrance, et la laissant tout envahir. Couper la scolarité trop tard, ou pas assez. Lâcher le suivi au mauvais moment. Lui transmettre mon stress. Lui râler dessus à cause de mes propres inquiétudes.

Concrètement, ça a voulu dire savoir ce qui n’était pas négociable. Et savoir comment le rendre visible à quelqu’un qui ne voyait pas ce que je voyais, moi, au quotidien.

Son médecin référant, elle, était dans son rôle : maintenir le lien avec le collège autant que possible. Moi je vivais autre chose. Cette pression invisible du « on peut me renvoyer au collège du jour au lendemain » qui poussait son corps à somatiser. Presque deux ans de maux de ventre quotidiens. Un intestin en vrac.

Ce n’était pas négociable pour moi : il allait s’investir à fond dans le soin, c’était le deal qu’on avait passé. Mais l’école, à ce moment-là, il fallait lâcher. J’explique dans cette article comment j’ai pris cette décision. Alors j’ai pris le temps d’expliquer ce que je voyais, jour après jour, pour que ça devienne aussi concret pour elle que ça l’était pour moi.

Une fois en IEF, son organisme s’est calmé petit à petit. Il a enfin pu aller chez le psy sans être plié en deux de douleur, et commencer vraiment un travail thérapeutique.

Je ne suis pas allée en mode bulldozer. J’ai pris le temps de construire le pont entre ce que je vivais et ce qu’elle pouvait entendre.

Ce n’est pas que j’avais plus de force que la première fois. C’est que je n’étais plus débutante.

Le piège de la culpabilité

Parlons d’un point qui peut faire mal : notre responsabilité.

Sommes-nous responsables de l’état de notre enfant ? Oui, en partie. Sommes-nous coupables ? Non. Certainement pas. On ne se lève pas un matin en se disant « bon, allez, lequel de mes enfants je traumatise aujourd’hui ? »

On fait des erreurs par méconnaissance. Parce qu’on croit que c’est ce qu’il faut faire. Parce qu’on a été élevée comme ça. Parce qu’un professionnel nous l’a dit. Et nos enfants ne nous donnent pas le mode d’emploi au départ, surtout pas de quoi distinguer ce qu’il peut encore faire de ce qu’il n’en est plus capable. À quel moment il « exagère ». À quel moment on doit le pousser, ou pas.

Alors oui, vous pouvez culpabiliser un peu, c’est humain. Mais pas vous auto-flageller pendant des mois, on est d’accord ?

Entrer dans le cycle du « c’est ma faute », déjà largement entretenu par l’entourage, directement ou pas, ne vous apportera rien. Et si l’aîné a payé un temps d’apprentissage que je n’avais pas encore fait, ça ne veut pas dire que je l’ai sacrifié. Ça veut dire que je n’avais pas encore les clés. Personne ne me les avait données.

Oui, parfois, on regrette de ne pas avoir vu, compris, réagi autrement. Mais la phobie scolaire ne vous laisse pas le temps de faire ce travail-là sur le moment. Il faut agir, enchaîner : les rendez-vous, les trajets, l’école, les absences, le mode de garde, le travail, les autres enfants, le conjoint.

Avoir un endroit pour soi, ça aide. Un psy, une amie bienveillante, une activité plaisir, un coiffeur, le sport. N’importe quoi qui fait du bien et permet de prendre du recul.

Une mère marchant dans la forêt en tenant la main de ses deux filles, symbole de l'accompagnement au rythme de l'enfant en phobie scolaire

Ce que je ferais différemment aujourd’hui

Si c’était à refaire, dans un monde parfait, je traînerais tous mes proches chez le psy avant même d’avoir des enfants.

Sauf que moi, j’avais déjà commencé bien avant. Et je n’ai rien vu venir. Donc non, ça ne suffit pas. Ce n’est pas si simple.

Tout ne vient pas de nous, parents. Ça vient aussi de leur perception à eux, de leur histoire, de leur fonctionnement propre. Travailler sur soi, ça aide. Mais ça ne règle pas tout. Vous pouvez avoir posé le meilleur cadre possible : si le reste n’a pas suivi, il faut faire avec quand même.

Si je devais quand même donner un conseil, ce serait celui-ci : écoutez-vous.

On m’a fait douter. Et pour mon aîné, ça a eu un coût.

On connaît nos enfants. On sait ce qui leur ressemble, ou pas. Et parfois, on le sent, avant même de comprendre quoi.

Je me souviens parfaitement de cette première semaine de sixième, où il a été « traumatisé » parce qu’un copain avait perdu un point sur son permis à points pour avoir fait tomber sa règle. Ce jour-là, une petite voix m’a soufflé : ce n’est pas normal, il se passe quelque chose. Je l’ai minimisée. Je suis passée à autre chose.

C’était anecdotique. Un mécanisme était déjà en train de se mettre en place.

Je ne le sais que maintenant. Et c’est en partie pour ça que j’écris ces lignes, pas pour vous dire quoi faire, mais pour que cette petite voix, la vôtre, vous la preniez peut-être un peu plus au sérieux que je ne l’ai fait, la première fois.

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