Rentrée et phobie scolaire : le jour où tout peut basculer
La première rentrée que je n’ai pas faite a été très difficile. Je gérais moi-même une première rentrée des classes, en tant qu’assistante d’éducation. De nombreuses tâches à gérer, rester attentive au bien-être des élèves — et dans un coin de la tête, en permanence, l’inquiétude de savoir comment se passait ce premier jour de 6ème pour mon dernier.
Jusqu’au coup de fil fatidique de ma mère : « Il pleure, il est tout seul dans sa classe, je fais quoi ? »
Et là, l’intuition que quelque chose avait foiré m’a reprise.
Pourtant il avait pu franchir le portail. Il était rentré dans cette cour pleine de plus de 300 jeunes. Il était motivé, persuadé que le collège se passerait mieux que l’école primaire. Mais une seule « erreur » avait suffi à gripper la machine.
Tout le monde n’a pas compris ce jour-là. Moi si. J’étais déjà passée par là avec son frère. Ce n’était pas juste un coup de stress. C’était un mode de fonctionnement qui avait pris le dessus, et qui lui répétait : « l’école est dangereuse, tu n’es pas en sécurité. »
Ce que personne ne voit
Il y a des matins qu’on voit arriver avec plaisir, et d’autres avec appréhension. Celui de la rentrée est un jour d’appréhension quand il y a phobie scolaire. Un jour plein d’espoir et de promesses pour certains, un jour de très grande angoisse pour d’autres — mais dans tous les cas, le stress est là.
C’est un jour un peu particulier, en plus, quand on a plusieurs enfants. Il faut reprendre le rythme du lever, du petit-déjeuner, du brossage de dents. Tout le monde ne reprend pas à la même heure, parfois même pas au même endroit. C’est toute une logistique d’organisation. Certains posent carrément leur journée, d’autres une heure ou deux, parfois on est obligé de déléguer.
Et il y a, dans tous les cas, cette incertitude : va-t-il arriver à la faire, cette rentrée ?
Et puis les imprévus. Il devait être avec ses copains, il ne l’est pas. Il devait changer de maîtresse, ou pas — et c’est l’inverse qui se produit. Ce qui, pour certains, est source de stimulation, de surprise, de nouveauté, est souvent chez nous source de panique et d’angoisse.
Car nous aussi, on la subit, cette rentrée — et ce stress dû à la phobie scolaire et aux trop nombreuses expériences négatives.
Pendant longtemps, chez nous, le matin a été source de maux de ventre, de nausées, de vomissements, de migraines, de « mode zombie » quand il n’avait pas dormi ou presque. Maux de gorge aussi, quand certaines choses n’arrivaient pas à passer ou à être dites. Jusqu’à la crise de panique qui a fait comprendre qu’on poussait trop, et qu’il fallait changer de méthode.
Ce que je n’avais pas vu, c’est que mon stress — que je croyais cacher — participait à ce cercle vicieux. Et la panique ressentie par ma mère, ce jour-là, aussi.
On croit le rassurer en lui disant que tout va bien se passer, que ce n’est pas grave. Mais on ne parle pas à sa partie rationnelle. On parle à son instinct primaire, qui est persuadé d’être en danger.
On peut trouver les meilleurs arguments du monde. Il ne les entendra pas.
Si c’était à refaire, je lui aurais dit : « OK mon grand, comment tu te sens ? Qu’est-ce que tu ressens ? Je suis là, je te vois, je t’entends. On va traverser cette tempête ensemble. »
Le piège de la volonté
Dans une société où tout va vite, on voudrait, à tort, qu’il en soit de même avec nos enfants. Savoir prendre le temps nécessaire vous en fera gagner plus tard — sauf que vous ne le voyez pas encore.
À notre époque, les enfants voudraient souvent tout, tout de suite. Leur apprendre qu’avant de courir, il faut savoir marcher, c’est peut-être frustrant, mais nécessaire. Il en est de même pour nous.
La leçon est parfois rude — voir son enfant souffrir, recevoir des leçons de toute part de personnes qui paraissent bien intentionnées, ne plus savoir qui croire, qui écouter — ça peut nous faire perdre le cap.
Faites le travail avec votre enfant. Apprenez à vous écouter, à écouter votre corps, vos ressentis. Laissez-les couler à travers vous.
On peut choisir de forcer, de pousser. Mais c’est contre-productif. Certains vous parlent de volonté — mais il ne s’agit pas de vouloir, ici. Il s’agit de pouvoir. Quand le corps prend le contrôle, c’est qu’on n’a pas été entendu, ou pas de la bonne façon. Et tant que notre enfant n’aura pas obtenu les réponses qui lui sont nécessaires, il ne pourra pas — même avec toute sa bonne volonté — et dans tous les cas, il ne tiendra pas dans la durée.
Et le lendemain est arrivé
Ce jour-là, j’ai appelé la vie scolaire. Pas pour me plaindre. Pas pour accuser personne. Juste pour expliquer : voilà ce qu’il traverse, voilà ce qu’on sait de lui, voilà pourquoi ce matin a été si difficile.
Ils ont été réactifs. Humains. Ça ne réglait pas tout, mais ça comptait.
On n’a pas toujours les mots au bon moment. On n’a pas toujours la bonne réaction. Ce matin-là, j’ai fait ce que j’ai pu avec ce que je savais.
Et puis le lendemain est arrivé. Et le jour d’après aussi.
Un jour de rentrée raté n’est pas une sentence. Ce n’est pas la preuve que rien ne marchera jamais. C’est un jour. Un seul. Celui d’après reste à écrire — et celui-là, on ne le sait pas encore.
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3 semaines
Taggedphobie scolaire, refus scolaire anxieux