Ce qui s’est passé le jour de la rentrée : bon ou non, comment rattraper
Trois semaines ont passé depuis la rentrée. Pour certains, une reprise comme une autre. Pour d’autres, le jour qui a fait basculer bien plus que prévu.
Quelle que soit la vôtre, rien n’est joué. Tout reste récupérable, modifiable.
Peut-être avez-vous pu déposer votre enfant sans encombre ce jour-là. Un peu de stress, sans doute, mais dans l’ensemble, tout s’est enchaîné normalement.
Pour d’autres, ça a été plus compliqué. Négocier, parlementer, pousser un peu, rappeler des accords déjà posés. Peut-être êtes-vous même allée jusqu’au portail, à guetter si votre enfant allait réussir à entrer. Et puis un caillou a grippé le système.
Quand ça part mal : deux scénarios qui reviennent souvent
Premier scénario. Vous avez réussi à amener votre enfant jusqu’au portail. Il descend de la voiture, il avance, et puis le stress monte. Un professeur s’en mêle. Avant que vous n’ayez pu intervenir, des mots ont été prononcés. La confiance, fragile ou pas encore construite, en a pris un coup.
Deuxième scénario. C’est le père qui accompagne, cette fois. L’enfant ne parvient pas à sortir de la voiture. Le père s’énerve. Des mots sont dits. Des mots qui font mal.
Ça arrive. Les causes sont multiples : manque d’information, manque de formation, tempérament, mauvaise journée. Ce n’est pas une excuse, mais ce n’est pas non plus une intention de nuire.
Il est trop tard pour revenir sur ce qui s’est passé. Il va falloir rattraper.
Autre cas de figure. La reprise n’était pas prévue tout de suite. Et puis le pédopsychiatre annonce, du jour au lendemain, en plein mois d’août pour ne rien arranger, qu’il souhaite que votre enfant reprenne dès la rentrée. Panique pour vous. Panique surtout pour votre enfant.
La tête dans le mur. Que faire ?
Ce qui aurait pu limiter la casse
Bon, on va enfoncer des portes ouvertes. L’anticipation est la clé. Vous le savez, je le sais. On y revient quand même.
Communiquer avec l’établissement à l’avance, ce n’est pas négociable. Vous pouvez vous appuyer sur la documentation de l’Association Phobie Scolaire. Vous y mettez les formes : « au cas où, je me permets de vous transmettre ce document, qui permet de mieux comprendre la phobie scolaire. » Pas de jugement, pas de condamnation. Juste de la communication.
L’établissement en fera ce qu’il veut, y compris de l’allume-feu. Mais vous, vous avez fait le job.
Avec les professionnels, insistez toujours sur la temporalité. Si on vous annonce une reprise non prévue en pleine vacances scolaires, dites-le : le temps de préparation manque. Demandez des explications. Jusqu’à présent, votre pédopsychiatre parlait de prendre le temps, de ne rien forcer. Pourquoi l’urgence, maintenant ? Peut-être a-t-elle des arguments valables à vous donner.
(Si vous cherchez comment trouver le bon interlocuteur dès le départ, j’ai écrit un article dédié à ça.)

Et vos peurs à vous ?
N’oubliez pas que vos propres peurs peuvent prendre le contrôle. Alors on respire un bon coup, et on prend du recul. Votre enfant est-il vraiment incapable de reprendre ? Si oui, pas de souci : on négocie, on explique, on argumente, et on ne lâche rien.
Et si, finalement, c’est vous qui avez peur de ce retour, même partiel, à l’école ? C’est normal aussi.
Avec le RSA, c’est un tsunami émotionnel qu’on vit au quotidien, pendant des mois, parfois des années. C’est normal d’avoir peur que ça se passe mal, qu’un nouveau traumatisme s’ajoute, qu’il n’y arrive pas, que ce ne soit pas le bon moment. Tous ces doutes sont légitimes. Ils méritent une réponse, même partielle.
N’oubliez pas non plus : même si la phobie scolaire dicte le rythme, vous avez le vôtre à tenir. Vous devez pouvoir vous organiser. Vous n’êtes pas une machine.
C’est là que l’anticipation, la communication et l’écoute prennent tout leur sens.
Et maintenant, comment on rattrape ?
D’abord, on prend le temps de digérer soi-même ce qui vient de se passer.
Si le retour s’est mal passé, il va falloir la jouer serré. On rappelle le psychologue en urgence, on planifie un rendez-vous dès que possible pour débriefer à froid et avoir son avis. Si vous avez un pédopsychiatre ou un professionnel référent, un mail de récap pour expliquer le couac ne fait jamais de mal.
Avec votre enfant, vous ne pouvez pas le mettre dans une bulle. Ça ne l’aiderait pas. Si vous n’avez jamais parlé de ce genre de situation possible, c’est le moment de le faire.
Selon son âge, on adapte le vocabulaire, et on passe par la franchise. Avec un ado, dire que oui, les cons existent, et qu’il en croisera régulièrement, ça peut briser la glace. Lui faire croire qu’il a tous les droits, non.
On repose le cadre de ce qui était prévu. On admet, si c’est le cas, qu’on n’avait pas anticipé cette situation-là. On regarde ensemble ce qu’il faut ajuster ou demander à modifier.
On lui rappelle que même avec de la bonne volonté, tout n’est pas toujours possible à mettre en place, ni dans un établissement, ni dans l’organisation familiale. Il faut anticiper, prévoir autant que possible. Mais malgré ça, la politesse et le respect restent de mise, même face à ce genre de comportement. En revanche, il n’a pas à se justifier face à un professeur. Il a des aménagements mis en place, ou en cours. Un point, c’est tout.
Il y a deux cas de figure. Certains jeunes, malgré tout ce qu’ils traversent, ont une répartie naturelle. Un sac de punchlines pour renvoyer ce genre de personne dans les cordes, sans en payer les conséquences. « C’est la CPE qui gère, vous devez voir avec elle. » « C’est dans mon PAI. »
Mais souvent, nos poussins sont bien démunis. Leur rappeler que c’est normal, que ce n’est pas de leur faute, ce n’est jamais de trop.
Ensuite, on regarde avec lui son ressenti. Ce que vous pensez l’avoir traumatisé n’est peut-être pas là où ça fait vraiment mal. Pour certains, ce seront les mots. Pour d’autres, la honte que la scène ait eu lieu en public. Pour d’autres encore, le rappel d’un événement déjà vécu.
L’aider à prendre du recul, à voir la blessure, fait partie du processus de guérison. Au départ, on regarde. Plus tard, on fait avec. Et on en fait une force. Mais une chose à la fois.
Je sais que vous n’êtes pas des professionnels de l’accompagnement, et que ce conseil reste générique. Mais vous connaissez votre enfant bien mieux que moi. Vous savez ce qui le console, ce qui le rassure. Il n’a pas besoin de son psy à ce moment-là. Il a besoin de sa maman, ou de son papa.
La rentrée n’est pas une fenêtre qui se ferme
Pour certains, la situation est peut-être encore en stand-by. Pour d’autres, les négociations restent difficiles.
Un de mes profs de psychologie nous disait : nous parlons tous la même langue, mais nous n’avons pas le même vocabulaire. Autrement dit, sans le vouloir, vous ne parlez peut-être pas exactement de la même chose avec chacun de vos interlocuteurs. Faire préciser, faire confirmer ce que vous avez compris, ça peut tout changer.
Après un appel ou un rendez-vous, n’hésitez pas à envoyer un mail de résumé. Tout est confirmé par écrit. S’il reste une incompréhension, elle sera éclaircie tout de suite, et pas en pleine crise.
Ne justifiez pas tout. On croit bien faire en expliquant chaque détail, mais on perd les gens en cours de route. Restez aussi claire et concise que possible. Personnellement, je me fais un mémo à emporter, pour ne pas oublier l’essentiel et ne pas me disperser en rendez-vous.
(Sur ce sujet, j’ai justement écrit un article complet : communiquer avec l’école sans s’épuiser.)
Voir son enfant souffrir, c’est un crève-cœur. Mais le mettre dans une bulle ne l’aidera pas à vivre.
Lui apprendre à accueillir sa souffrance, à l’accepter, à en tirer des leçons, à s’adapter, à s’accepter tel qu’il est, avec ses faiblesses : voilà ce qui compte vraiment.
En faire une force. Une expérience à partager. Une leçon qui le fera avancer, en le soutenant sans faire à sa place quand il en est capable, en lui montrant l’exemple, y compris à travers nos propres erreurs, en l’aimant plus que tout. En lui permettant de se tromper, d’apprendre à se relever, à transformer une épreuve en expérience.
Vous lui offrirez alors le plus beau des cadeaux : celui de s’accepter comme il est, d’apprendre à se connaître, à connaître ses limites, et à trouver sa voie. Sa voix.

-
-
1 mois
Étiqueté anxiété enfant, anxiété scolaire, phobie scolaire, refus scolaire anxieux