Comment communiquer avec l’école sans s’épuiser ?
Introduction
Au départ, ce n’est souvent pas compliqué : notre enfant est malade (maux de tête, maux de ventre, etc.), donc on appelle, on prévient, et tout va bien.
Cependant, obtenir un rendez-vous médical pour avoir un justificatif est parfois difficile, et là où, au début, un mot dans le carnet suffisait, l’établissement scolaire commence à vous demander des justificatifs.
Les absences se répètent de plus en plus souvent : d’un ou deux jours, elles s’allongent, et le médecin commence à vous dire qu’il y a peut-être autre chose.
Et parfois, les rapports qui étaient plutôt bons au début commencent à se tendre. Vous avez peut-être eu droit, comme moi, à quelques réflexions comme quoi vous étiez trop “tendre” avec votre enfant, qu’il n’était pas en “sucre” et qu’il fallait le mettre à l’école. Ou carrément que vous êtes trop laxiste et/ou trop angoissée, et que c’est vous qui le rendez angoissé.
Sauf que, que nos rapports soient bons ou mauvais, la loi nous impose de justifier les absences — et tant qu’il n’y a pas de diagnostic et de prise en charge, c’est un peu compliqué.
Parfois, cela s’arrange une fois que le diagnostic est posé, mais pas toujours, malheureusement.
Je vous propose donc de faire le tour de la question et de voir comment améliorer vos échanges.

Pourquoi c’est épuisant
Quand les absences se répètent, devoir appeler, faire un mail ou écrire un mot dans le carnet peut devenir fatigant.
On commence à se répéter auprès de l’enseignante à l’école, de la vie scolaire, de la CPE ou du professeur principal à partir du collège. Il faut réexpliquer où l’on en est, dire qu’on est en attente de rendez-vous, en cours de suivi, expliquer que l’on fait de son mieux, que c’est difficile, que ce n’est pas un caprice. C’est dur. Et parfois, on voit bien dans le regard des gens qu’on n’est pas cru, pas entendu.
Même avec des bilans, certaines personnes du corps enseignant ne veulent pas entendre ni jouer le jeu.
C’est dur, épuisant, de devoir se battre tout le temps. Il faut faire des courriers, obtenir des justificatifs pour demander des aménagements, contacter la direction quand cela ne fonctionne pas, et parfois passer encore au-dessus.
Et puis il y a ce regard, celui qui juge et qui condamne. Il peut venir de l’école, mais aussi de nos proches, parfois même du conjoint. C’est usant. Au début, on se sent obligé d’expliquer, et il peut arriver un moment où l’on n’en peut plus.
Je me souviens de périodes où j’avais l’impression que chaque échange avec l’école me coûtait une énergie folle. Le moindre mail me demandait un temps fou, parce qu’il fallait choisir les mots, expliquer sans trop en dire, se justifier sans avoir l’air de se justifier, et essayer malgré tout de garder un ton correct alors que, intérieurement, j’étais déjà à bout.
Et pourtant… il faut continuer à communiquer.
Le cadre (simplifié)
Pour vous aider, juste un rappel : oui, vous devez justifier les absences de votre enfant.
Il n’y a pas de délai fixe, mais vous devez le faire le plus rapidement possible.
Pour rappel un justificatif médical est à fournir uniquement en cas de maladie contagieuse.
Mais, dans les faits, sans justificatif médical et juste avec un mot de vous, l’établissement risque de moins vous prendre au sérieux.
Si vous voulez plus de détails : service-public
Quoi qu’il arrive, vous devez garder le contact avec l’établissement, et par écrit toujours. L’idéal est un mail dès que possible, sans donner trop de détails.
Si, en tant que parents, nous avons des obligations, l’école aussi.
Du moment que vous avez un arrêt médical, l’établissement scolaire doit vous transmettre les cours pour assurer le suivi de la scolarité.
Chaque établissement fonctionne différemment. Cela peut être noté dans le règlement de l’établissement ou vous être précisé par l’enseignant / professeur principal en général en début d’année.
L’établissement doit aussi collaborer à la mise en place d’aménagements si nécessaire, car la phobie scolaire, ou RSA, est liée à des besoins spécifiques reconnus qui peuvent justifier la mise en place d’un PAI (Projet d’Accueil Individualisé).
En cas de problème de dialogue, essayez de ne pas vous braquer : il existe plusieurs pistes pour se faire entendre.
L’erreur classique
Après les premiers bilans, j’étais contente et pleine d’espoir. J’avais déjà commencé un peu avant, mais là c’était pire : j’ingurgitais tout ce que je trouvais sur le haut potentiel, les troubles dys et la phobie scolaire.
Pensant bien faire, j’ai commencé à en parler à tout le monde. Je me disais : cela peut aider, et les gens comprendront mieux ce que mon fils et moi vivions. J’en ai même parlé à ses instits de primaire, qui avaient encore ses petits frères.
Et rapidement, j’ai compris que non seulement je saoulais tout le monde, mais que personne ne m’écoutait. J’ai même eu une réflexion d’une de ses anciennes instits :
“Esteban haut potentiel ? Mouais.”
Là où, moi, je pensais informer, donner des clés et permettre aux enseignantes de mieux comprendre, mieux détecter ce type d’enfant, elles ont eu l’impression que je les remettais en question.
Certains de nos proches, dont mon conjoint, ont eu l’impression que je voulais avoir raison en apportant des arguments. Pour eux, c’est une mode et je cherchais des excuses.
Sincèrement, ça fait mal. On s’épuise et rien ne change, ou presque.
Je crois que c’est là que j’ai commencé à comprendre qu’expliquer plus ne voulait pas forcément dire être mieux comprise. Et que, parfois, à vouloir convaincre tout le monde, on finit surtout par se vider soi-même.
Vous n’avez pas à convaincre qui que ce soit. Ceux qui veulent savoir vous demanderont.
Vous devez préserver votre énergie pour vous et votre famille. La dispersion ne vous apportera rien.
Pour autant, je suis aussi allée dans l’excès inverse, en m’isolant, en voulant gérer seule, et ce n’est pas bon non plus.
Comment faire (méthode)
Franchement, c’est la question. Concrètement, comment faire ?
1. Choisissez un seul interlocuteur, de préférence celui avec qui le dialogue passe le mieux
Parfois, on n’a pas le choix. En primaire, au départ, c’est l’enseignant ou le directeur pour les absences.
À partir du collège, c’est la vie scolaire et le professeur principal.
Mais si cela ne fonctionne pas, gardez au moins cette personne pour informer des absences : pas le choix. En général, vous devez avoir une adresse mail, donc pas besoin de téléphoner. Et, de toute façon, il faudra un écrit, donc moins de stress et une seule manip à faire.
À un moment donné, il va falloir envisager des aménagements. C’est là qu’avoir une personne unique pour gérer devient pertinent (CPE, enseignant, infirmière scolaire, etc.).
Dans notre cas, il a fallu du temps pour comprendre avec qui le dialogue passait le mieux. Et souvent, ce n’était pas forcément la personne à laquelle j’aurais pensé au départ. Parfois, on choisit… et parfois on fait surtout avec ce qui est possible.
2. Tout doit être fait par écrit
Même un entretien téléphonique ou de vive voix doit être doublé d’un mail pour confirmer.
Déjà pour des raisons pratiques, car parfois on s’embrouille, on se comprend mal, etc. On peut donc plus facilement vérifier et clarifier une situation.
Ensuite, parce que cela sert de preuve de votre bonne foi en cas de souci. Garder une traçabilité des échanges peut être primordial. Il vaut mieux le faire pour rien, au cas où.
Avec le recul, je peux dire que certains écrits m’ont clairement servi. Pas forcément pour “attaquer”, mais simplement pour pouvoir prouver ce qui avait été dit, demandé ou promis. Et quand on est déjà fatigué, ne pas avoir à se battre en plus sur le souvenir de ce qui a été dit change beaucoup de choses.
3. Plutôt que de vous justifier, posez des questions
En impliquant le personnel éducatif, en lui demandant s’il a vu quelque chose, un changement, un incident, il se sentira plus investi. Cela peut créer une connexion utile pour la situation et votre enfant.
4. Demandez l’organisation d’une équipe éducative
Pour avoir une meilleure vue d’ensemble, demander l’organisation d’une équipe éducative, même sans avoir encore fait tous les bilans, peut permettre de discuter des aménagements à mettre en place et d’avoir une vision plus complète de la situation.
5. Aidez-vous d’une feuille de route
L’association Phobie Scolaire en propose une très complète. N’hésitez pas à transmettre les documents qu’elle propose pour informer si nécessaire.
Vous pouvez aussi faire un petit résumé écrit de la situation, au fur et à mesure, pour vous aider à ne dire que ce qui est pertinent et à qui. L’IA peut vous aider à le formuler et à faire le tri si besoin. Attention cependant à ne pas lui transmettre de documents médicaux, juste l’historique de vos démarches et les conclusions des bilans.
Alléger la pression
Important à ne pas oublier : on ne peut pas tout gérer, ni tout décider. Il faut donc savoir choisir ses combats.
Protéger votre énergie, votre santé mentale et physique est primordial.
Vous êtes l’une, voire la seule, référence de votre enfant dans cette tempête. Tenir dans la durée peut être difficile, surtout si on n’a pas ou peu de relais. Il faut donc prendre du temps pour soi, pour tenir, pour montrer l’exemple, pour vos autres enfants, et pour vous-même. Car il y aura un après, pour vous et pour lui. Il ne faut donc pas l’oublier ni vous perdre en cours de route.
Je sais de quoi je parle, je l’ai vécu. En formation coaching, j’ai découvert que je ne savais plus qui j’étais en étant incapable d’acheter du vernis à ongles. Impossible de savoir quelle couleur j’aimais et laquelle choisir. J’ai eu l’impression de prendre une baffe. Heureusement, j’ai pu en parler avec mon formateur et le travailler durant cette période.
Donc, pour résumer, vous avez le droit de prendre du temps pour vous, d’avoir un ou des loisirs, de décrocher du mode phobie scolaire.
Donc parfois, le repas n’est pas fait maison, les courses sont réduites au minimum… et ce n’est pas grave.

Ce que personne ne dit
Alors soyons vrais : souvent, notre parcours n’est pas rose.
Parfois par manque d’information, parfois sans raison connue, mais le résultat est là : certains établissements ne jouent pas le jeu. Ils ne respectent pas leurs obligations, vous menacent de signalement alors que vous faites tout ce qu’il faut. Certains enseignants / professeurs ne respectent pas les aménagements, et parfois même aggravent la situation sans vouloir l’admettre.
Et d’autres fois, quels que soient les aménagements, votre enfant n’y arrivera pas.
Je pense que c’est important de le dire clairement, parce que quand on vit ça on finit parfois par croire qu’on a mal fait quelque chose, qu’on n’a pas été assez claire, assez ferme, assez présente. Alors que non : parfois, vous faites tout ce qu’il faut et ça bloque quand même.
Il va falloir choisir vos combats. Vous ne pouvez pas vous battre contre des moulins à vent. C’est frustrant, rageant même, mais il va falloir faire avec… ou sortir du système. Mais ça, nous en reparlerons plus tard.
Garder ton énergie
Parlons faits.
Pour tenir dans la durée et ne pas craquer et / ou vous effondrer, il existe quelques petites astuces que j’ai testées, gardées, et que je vais vous partager.
Déjà, créez un dossier ou un classeur, papier et numérique, où vous pourrez tout regrouper (courriers, convocations, bilans), de façon à ne pas avoir à tout chercher à chaque fois qu’on vous demande un document.
En première page, créez un document retraçant toutes les dates de consultation, de bilan, d’échange téléphonique, de rendez-vous en attente, une copie des mails échangés, par exemple.
Vous pouvez aussi lister les noms et coordonnées des professionnels qui font partie du suivi de votre enfant. Comme cela, si quelqu’un doit prendre votre relais pour un rendez-vous, par exemple, vous pourrez facilement lui donner les infos nécessaires.
Vous pouvez aussi créer un document à transmettre quand vous rencontrez un nouveau professionnel, résumant l’historique, pour ne pas avoir à vous répéter et / ou risquer d’en oublier.
Les derniers temps, j’avais l’impression de devoir résumer un roman en quelques lignes. C’était frustrant. Le résumé est devenu bien utile.
Ensuite, limitez les échanges. Pas besoin de tout raconter à chaque fois qu’on vous demande des nouvelles. Choisissez ce que vous dites et à qui.
Faites du tri. Certaines personnes sont incapables de vous soutenir et de comprendre. Si vous n’avez pas le choix, parlez de tout sauf de ça. Vous pouvez même tourner la chose en disant à ces personnes que, pour une fois, cela vous ferait plaisir de parler d’autre chose.
Pour les personnes qui ne peuvent pas s’empêcher de juger et / ou de critiquer, parfois leur dire simplement que vous savez déjà tout cela, mais que cela ne vous aide pas car ils ne vivent pas votre vie. Pour la famille, vous pouvez rajouter que, par contre, s’ils ont de vraies questions, là vous répondrez ; sinon, vous préférez ne plus en parler avec eux.
Étonnamment, pour nous, cela a permis d’améliorer les rapports avec certains membres de la famille, et leur a permis de prendre du recul et de vraiment s’inquiéter du bien-être de mes fils.
Autre point : vous êtes le titulaire de l’autorité parentale. Pas les enseignants, pas le collège, et même pas les médecins.
Donc chacun doit rester à sa place. Certes, vous avez des questions et besoin d’aide, mais vous connaissez votre enfant. Si vous sentez que cela ne va pas le faire, ou que l’on vous force à faire quelque chose qu’il ne veut pas et / ou que vous pensez néfaste pour lui, allez voir ailleurs. Parfois, on n’ose pas, car on a mis du temps à trouver quelqu’un, mais si on ne vous écoute pas, voire qu’on vous juge, cela ne fonctionnera pas.
Prendre du temps pour souffler peut parfois sembler impossible, soit parce que vous ne savez pas faire, soit parce que vous ne savez plus comment faire.
Pas besoin de tout faire d’un coup. Commencez par de petits moments. Par exemple, je me levais 15 minutes plus tôt pour profiter du calme de la maison avant de démarrer la journée.
Prendre quelques minutes pour soi avant de rentrer à la maison, juste pour écouter de la musique dans la voiture, ou marcher 10 minutes.
Reprendre la lecture, s’inscrire à une activité (chant, théâtre, peinture, gym…). À vous de voir ce qui est possible pour vous.
Conclusion
Nous sommes nombreux à être concernés, donc rappelez-vous que vous n’êtes pas seule.
Il existe différents groupes de parents pour échanger. L’association Phobie Scolaire offre un groupe d’échange sur Facebook, par exemple.
Ne restez pas seul(e), et n’hésitez pas à vous rapprocher d’un groupe afin d’échanger et de vous sentir moins seul(e).
Pour finir, je vous rappellerai d’être indulgent(e) avec vous-même : vous faites de votre mieux.
Et vous avez le droit de le faire à votre façon, à votre rythme.
Tous les matins, je me rappelle que chaque jour est un nouveau jour.
Je repars à zéro, sans a priori, un pas après l’autre.
Des fois, c’est plus compliqué. Des fois, c’est juste une journée sans. Et c’est très bien.
Notre objectif : un petit pas à la fois, avancer à notre rythme, apprendre de nos erreurs et nous aimer sans condition.

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1 semaine
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