Ombres de fenêtre projetées en diagonale sur un mur par la lumière de fin d'été, symbole du compte à rebours avant la rentrée
charge mentale parentale / solutions concrètes

Les deux semaines avant la rentrée : ce qui se joue avant même que ça commence

Je l’avoue : le premier soir des vacances, même sans phobie scolaire, ça a toujours été un soulagement pour moi. Deux mois sans l’organisation à prévoir — les vêtements, les autorisations, les goûters, les pique-niques. On a la chance de vivre en famille avec mes parents, alors du coup, que je travaille ou non, le mode de garde et les urgences pèsent beaucoup moins.

Mais avec le RSA, ce premier soir de vacances, c’était autre chose. Un soulagement total. Presque brutal. Chez moi, ça rimait avec décompensation. Je tombais malade. C’est mon médecin qui me l’a fait remarquer — je vivais l’année entière ou presque sur les nerfs. Youpi.

Et donc un soulagement intense. Une relâche totale, pour un temps.

Le cadre qui s’efface aussi côté sécurité

La vie en famille simplifie l’organisation, un peu, beaucoup même. Mais rien n’est acquis pour autant. Il fallait quand même noter qui gardait qui, et quand. Faire le point sur les rendez-vous. Donner mes horaires de travail, quand je travaillais. S’occuper du quotidien. Mais oui, c’était quand même beaucoup moins la course permanente.

Plus de justificatifs à fournir. Plus de rendez-vous médicaux à caser entre deux urgences.

Aujourd’hui ils sont assez grands pour ne plus avoir besoin de surveillance. Mais à une époque, il fallait bien que quelqu’un les fasse se lever, prenne le relais pour les traitements quand il y en avait. Et ce n’était pas simple. Souvent, ma mère m’envoyait un message : « Il ne se lève pas, je fais quoi ? » Souvent, le soir, je réalisais que les médicaments n’avaient pas été pris — alors que leur grand-mère leur avait pourtant rappelé.

Pas évident. Et quand j’étais moi-même à la maison, en mode relâche donc malade, ou en pleine migraine, ce n’était pas simple non plus. Se forcer à mettre un réveil. Se forcer à se lever. Essayer de maintenir une routine. Trouver des activités — motivée ou pas, peu importe qui n’allait pas bien ce jour-là.

Maintenir un cap auquel on ne croit plus trop, par moments. Ne voir aucun progrès. Se demander où on va.

Le calcul impossible du calendrier

On a la chance de pouvoir partir une à deux semaines par an, grâce au CSE de mon mari ou avec la famille. On a testé les deux formules — juillet, et fin août juste avant la rentrée. Aucune des deux n’est bonne.

Quand on partait en juillet, les deux dernières semaines d’août, je sentais le stress remonter. Doucement. Même sans qu’on en parle. L’inconscient met le sablier en route tout seul. Il sait que ça va recommencer. Que le jour J arrive.

Les vacances fin août, ça coupe le stress plus longtemps. Mais on n’a pas le temps de remettre les horaires en place avant la rentrée. Il y a une fatigue post-vacances qu’on n’a pas eu le temps de récupérer, à gérer en plus du reste. Et le retour est brutal — on rentre, et deux ou trois jours plus tard, c’est la rentrée. Effet boomerang garanti.

Quand l’enfant s’est trop projeté sur du positif

Il y a le cas de mon petit dernier, par exemple. Il s’était dit que l’entrée en 6e allait changer sa vie — pas encore de phobie avérée à l’époque, mais des signes depuis quelques années, un risque repéré, un suivi déjà en place. Il était motivé. Content. Emballé, même.

Le jour de la rentrée, pour une fois, je ne pouvais pas la faire — je venais de commencer à travailler dans un lycée, j’étais prise ailleurs. Ma mère l’a emmené. Et là, patatra. Il regarde les listes affichées, et il craque — en larmes avant même d’être entré. Ma mère m’appelle, encore dehors avec lui. Je m’étais pourtant renseignée avant, on m’avait rassurée, les enfants de la même école devaient être répartis par petits groupes dans les classes. Et là, pas un seul camarade avec lui.

J’appelle tout de suite, j’explique. L’établissement a été formidable, à l’écoute. La rentrée avait eu lieu le jeudi ; le lundi, il était dans une autre classe, avec plusieurs copains. Mais le mal était fait. Le ciel lui était tombé sur la tête. Ça a été crescendo jusqu’à la Toussaint. Après, malgré les aménagements, impossible de le maintenir scolarisé.

Quand l’enfant va trop vite et craque plus tard

J’ai vu un autre exemple, celui d’une élève au lycée qui allait mieux, et qui a voulu y aller à fond — malgré les aménagements prévus. Elle suivait un maximum de cours. J’ai essayé de lui dire d’y aller doucement, que je comprenais sa joie de reprendre, de se faire de nouvelles amies, mais qu’il fallait tenir dans la durée. Le contrecoup est arrivé en février. Elle a craqué. Certains de ses profs ne comprenaient pas — elle ne ratait presque aucun cours, elle était souriante, donc elle allait bien, elle était guérie. Il a fallu que l’infirmière et la CPE reprennent tout, réexpliquent la phobie scolaire, le terrain anxieux, le fait qu’il fallait la ménager malgré tout, comme en convalescence. On ne demande pas à quelqu’un qui vient de se faire enlever son plâtre de courir le jour même.

Elle va mieux depuis. Grâce au suivi psy, à la vigilance de ses parents, à celle du lycée aussi. Elle a réduit le rythme, provisoirement, et repris petit à petit.

Ce qu’on peut faire, concrètement

On va tordre le cou tout de suite aux idées reçues. Il n’y en a pas. Pas de recette. Chaque enfant est différent, chaque famille, chaque situation. Il va falloir trouver ce qui marche chez vous.

Quelques pistes, selon le stade où vous en êtes. On prépare la reprise une à deux semaines avant. Pas plus tôt. On ne parle pas de l’école tous les jours, mais on prend le temps d’écouter, de recevoir les inquiétudes de chacun.

Les établissements rouvrent parfois quelques jours, voire une semaine avant la rentrée. Si vous l’avez anticipé en fin d’année précédente, ça peut valoir le coup de préparer cette reprise avec de petits objectifs : préparer le cartable une fois les fournitures achetées, remettre en place les rendez-vous psy une à deux semaines avant si possible. Aller jusqu’au portail. Refaire le point sur ce qui a été prévu — une rentrée décalée pour éviter la foule du premier jour, sortir plus tôt pour la même raison, se poser en classe quelques minutes avant les autres, ou au contraire arriver après, selon ce qui soulage l’enfant. Ne pas reprendre à plein temps, si c’est possible et nécessaire.

Chez certains, l’hypnose ou le coaching peuvent aider, en accord avec le suivi psy — par exemple imaginer ce qui pourrait arriver de pire, et se rendre compte, après coup, que ça s’est bien passé. Ça aide le cerveau à faire baisser son niveau d’anxiété. À l’inverse, avec la TCC, on découpe par étapes suffisamment petites pour être atteignables, mais qui confrontent l’enfant, progressivement, à des situations qui lui paraissaient impossibles — jusqu’à ce que son cerveau s’habitue, petit à petit, et réalise que c’est possible.

Rien ne se fait du jour au lendemain. Mais avec de la patience, ça fonctionne. Il faut juste trouver le bon moment, et la bonne méthode. Pour lui. Pour vous.

Un objectif réaliste, pas un objectif de normalité

Pour vous aider, la technique SMART peut être utile. Elle vient du coaching, mais elle sert bien de repère pour fixer des objectifs avec un enfant en phobie scolaire. SMART : spécifique, mesurable, atteignable, réaliste, temporellement défini.

Se fixer comme objectif que votre enfant fasse sa rentrée « comme tout le monde », alors qu’il souffre de phobie sociale, ce n’est pas SMART. Par contre, se dire que d’ici un mois, il vous accompagne à la boulangerie — d’abord en restant dans la voiture, puis devant la porte trois minutes, puis en entrant avec vous, puis en payant, puis en passant commande seul, jusqu’au jour où il pourra le faire sans vous — ça, c’est SMART. On répartit les étapes sur plusieurs semaines. On peut même faire un planning, à ajuster, parce qu’il y aura des jours avec et des jours sans.

Il faut adapter cette logique aux difficultés propres à votre enfant. Peut-être que la foule en extérieur ne lui pose aucun problème, mais qu’une pièce fermée avec vingt-cinq ou trente personnes, si. Il faut découper la difficulté précisément, pas en général. Je vous conseille de le faire avec un thérapeute, qui pourra vous aider à choisir et ajuster ce découpage. Pour nous, ça a été un peu différent : on avait du mal à imaginer assez d’étapes, alors j’ai demandé à une IA de m’en proposer. On a ensuite choisi, avec son psychologue, celles qui avaient du sens pour lui.

L’objectif, c’est d’avancer. Mieux vaut être la tortue qui arrive au bout que le lièvre qui s’essouffle avant. De petits objectifs atteignables, ajustés au fur et à mesure, qu’on fixe avant de passer au suivant — c’est ça qui tient dans la durée.

Ouverture finale

Alors, un seul conseil, si je devais n’en garder qu’un : que votre rentrée se passe bien ou mal, ne retenez que le positif. Et surtout — chaque matin, on repart à zéro.

Cette philosophie-là, elle fait baisser la pression. Pour votre enfant. Et pour vous aussi.

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