Carnet ouvert et stylo, page blanche avant d'écrire sur le refus scolaire anxieux
Comprendre la phobie scolaire

Phobie scolaire, refus scolaire anxieux : le jour où j’ai bloqué sur un mot

Il y a six ans, nous avons tenté les groupes RSA pour aider notre aîné. Le mauvais moment. Mais ce n’est pas de ça que je veux vous parler aujourd’hui.

Je veux vous parler du mot lui-même.

La première fois qu’on m’en a parlé, je n’ai pas compris. Je n’ai pas demandé non plus — trop de choses à gérer, pas la place pour une question de plus. Et puis, dans le processus d’inscription, le mot est réapparu. Cette fois écrit noir sur blanc, dans un échange de mail.

REFUS scolaire anxieux.

J’ai bloqué. REFUS. Sous-entendu : il ne veut pas.

Quelle horreur. Eux aussi, alors. Eux aussi l’accusaient de ne pas vouloir — alors qu’il ne décidait rien. Il souffrait.

J’ai bloqué longtemps sur ce mot. Mon tout premier article en parlait déjà, à sa façon.

Il m’a fallu du temps pour comprendre.

Phobie scolaire » : la scène qui m’a ouvert les yeux

En parallèle, il y a « phobie scolaire ». Un autre mot, une autre histoire.

J’ai compris sa portée un jour où je faisais du bénévolat à la bibliothèque de l’ancienne école primaire de mon aîné. J’y croise une de ses anciennes institutrices. Je pense bien faire — je lui donne des nouvelles du grand, je parle du diagnostic de phobie scolaire, tout juste posé.

Et là, je vois son corps se crisper. Son regard se figer.

Je ne me souviens plus des mots exacts. Mais le sous-entendu, lui, je m’en souviens très bien : bien sûr, c’est la faute de l’école. Sous-entendu : en fait, c’est la faute des parents.

Malaise total. Incompréhension des deux côtés — moi qui pensais donner une information, elle qui se sentait attaquée.

Un mot. Deux histoires qu’on se raconte en même temps, sans jamais les dire à voix haute.

Les professionnels ne parlent pas notre langue

Un mot. Deux histoires. Et un oubli, au milieu : les professionnels ne parlent pas la même langue que nous.

Quand un psy vous parle de phobie scolaire, il ne dit pas que l’école est en cause. Il dit que la peur s’exprime là, à l’école — sans que l’école en soit la source. Nuance énorme, jamais expliquée.

Quand il vous parle de refus scolaire anxieux, le mot à retenir n’est pas « refus ». C’est « anxieux ». Le reste veut juste dire une chose : votre enfant n’arrive plus à se rendre à l’école. Sans aucun jugement dans ce constat.

Alors pourquoi de plus en plus de RSA et de moins en moins de phobie scolaire ? Parce que « phobie scolaire » est devenu trop imprécis à mesure qu’on comprend mieux ce que vivent nos enfants — et la complexité de ce qui s’y mêle.

Une chose reste vraie dans les deux cas : sans trouble anxieux, on n’en serait pas là.

Non, ce n’est pas une mode

Alors, phobie scolaire ou refus scolaire anxieux ? Ça dépend à qui vous parlez.

La plupart des gens connaissent « phobie scolaire ». Le terme existe depuis 1941. Ce n’est pas une mode. C’est documenté depuis longtemps — bien avant qu’on en parle sur les réseaux ou dans les salles d’attente.

Avec un professionnel, vous entendrez plutôt « refus scolaire anxieux », ou RSA. Retenez le mot anxieux. Le reste ne dit rien d’autre que ceci : votre enfant n’arrive plus à se rendre à l’école. Une souffrance qui peut aller jusqu’à l’incapacité physique. Une somatisation qui peut devenir si intense qu’elle justifie une hospitalisation.

Alors non. Ce n’est pas une mode. Ce n’est pas un caprice. Ce n’est pas de la manipulation.

C’est une situation qui demande une prise en charge urgente — pour soulager votre enfant, pour l’aider à aller mieux. Parce que sans ça, le cerveau lui-même n’est plus en état d’apprendre.

Au fond, ce n’est pas à nous de porter ça

Alors, restez le moins possible figés sur les étiquettes. Dans la théorie médicale, il n’y a aucun jugement — seulement des observations, des faits.

Sur le terrain, c’est différent. Vous avez affaire à des humains. Avec leurs idées préconçues. Avec leur propre vécu.

Et au fond, au quotidien, ce n’est pas à nous de porter la perception des autres. Seulement la nôtre.

C’est déjà bien suffisant.

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